Toujours vivant

Par Steve Marier

À vous que j’aime

2 commentaires

steve

Cela fait déjà plusieurs années que j’ai accepté ma condition et appris à vivre avec mes handicaps physiques. Avec tout ce que j’ai entrepris pour améliorer ma santé, j’aurais aimé trouver une certaine stabilité, un certain confort dans mon corps. Si j’ai repoussé un seuil de douleur qui ne me quitte jamais, depuis quelques mois mon corps donne des signes de grande fatigue. Les moments de répit sont de plus en plus courts et je vis dans la souffrance la majeure partie du temps.

Aujourd’hui, je suis un peu essoufflé du parcours des 10-15 dernières années. Les épreuves ont été nombreuses : réapprendre à écrire après avoir subi des arthroses aux poignets, accepter la nouvelle physionomie de mon visage après avoir été opéré à la mâchoire, réapprendre à marcher,
me réveiller d’une anesthésie avec une stomie (sac à l’abdomen), et j’en passe car la liste est trop longue. À chacune de mes convalescences, toujours à recommencer : essayer de reprendre de la masse musculaire perdue, regagner du souffle, de la force.

En réalité, la prise de corticostéroïdes me rend vulnérable à toutes formes d’infections bactériologiques. Le zona et la méningite ne m’ont pas épargnés et maintenant mes plaies et certains organes s’infectent pour un rien. Je dois constamment prendre des antibiotiques. La cortisone a aussi engendré une ostéoporose prématurée. Aujourd’hui, mes os sont fragiles comme du verre et ma peau est mince comme du papier de soie. Je me blesse au moindre petit accrochage. Cela a eu l’avantage de m’obliger à constamment être dans le moment présent et de rester conscient du moindre mouvement. Le moindre faux pas peut engendrer un séjour prolongé à l’hôpital. Je crois que je suis maintenant arrivé à une nouvelle étape dans l’acceptation de ma vie à travers la maladie.

Il y a longtemps que vous êtes témoins de mon acharnement à rester en vie, à persévérer sur tous les fronts et à essayer d’améliorer ma qualité de vie. Vous avez été témoins et présents dans les moments les plus difficiles, les moments où nous étions tous convaincu que la fin était arrivée. Vous étiez aussi là pour m’encourager à poursuivre mes rêves, des rêves qui pouvaient parfois paraitre irréalistes. Vous avez été les premiers à me féliciter de ne jamais avoir abandonné, d’être resté positif. Vous m’avez dit que j’étais pour vous un exemple de courage et d’inspiration. Je suis extrêmement reconnaissant envers vous pour votre support, votre présence et tout l’amour que nous avons partagé.

Pendant toutes ces années, je me suis souvent demandé comment ça finirait. Depuis quelques mois, mon cœur m’envoie des messages, il faiblit et il me devient de plus en plus difficile de respirer, surtout la nuit, ce qui m’empêche de dormir et de récupérer. Je suis constamment épuisé. M’habiller, manger ou même le simple geste de me brosser les dents me demande un effort considérable. L’œdème aux jambes et à l’abdomen causé par la rétention d’eau ne peut se résorber ou se contrôler complètement. L’échographie du cœur récemment pratiqué par les cardiologues le confirme. Le cœur ainsi que les reins sont extrêmement malades et se détériorent rapidement. Les médecins et moi sommes conscients qu’il n’est qu’une question de temps avant que mes reins atteignent le point de non retour.
Je sens le bio rythme de mon corps ralentir – mon appétit, ma digestion, mon temps d’éveil… tout est au ralenti.
Je ne veux plus essayer de nouveaux traitements pour prolonger ma vie. J’estime avoir le droit de choisir et j’accepte maintenant d’être considéré comme un homme en fin de vie. Pour le temps qu’il me reste, je ne veux plus souffrir… C’est tout ce que je demande.

Je vis présentement des moments magiques où il n’y a que contemplation face à la vie. Un sentiment de légèreté et de liberté inégalable qui me libère à tous les niveaux de mon être. Après toutes ces années, je serai bientôt libre et détaché de mon enveloppe corporelle. J’attends mon passage dans l’autre dimension avec enthousiasme et joie. Je ressens la mort comme une étape, un rite de passage qui fait partie intégrante de la vie humaine. Aujourd’hui, je sens autant la présence de la vie en moi que celle de la mort. Les deux états sont présents pour me rappeler l’équilibre fondamental qui gouverne notre univers. Quiconque vit avec la peur de sa propre mortalité n’a jamais vraiment expérimenté la vraie sensation de se sentir vivant.
Avoir peur de la mort… C’est aussi avoir peur de la vie!

-Steve

Advertisements

2 avis sur « À vous que j’aime »

  1. Bon voyage, ce fut un plaisir de te connaitre et de voir ta grande volonté de vivre malgré la maladie.

  2. Merci Steve, pour ce magnifique message de paix, d’amour et de liberté… de sagesse… merci de me rappeler de ne pas accepter la peur mais plutôt embrasser l’amour… bonne route Richard D

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s